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14 décembre 2007 5 14 /12 /décembre /2007 16:17

Bonjour à tous,
>
> Ma fac (Lyon II) s'enfonce tous les jours un peu plus dans le mépris
> des étudiants et dans un logique policière qui m'inquiète profondément.
> Les médias ne nous suivent pas, ne relayent rien, s'auto censurent ou
> se font censurer.
> Tout a commencé avec la Loi Pécresse de réforme des Universités,
> signée dans la précipitation cet été par le président de la fac,
> Monsieur Journès.Certains étudiants et enseignants s'opposent à cette
> loi.
>
> Les étudiants ont choisi le blocage de l'Université comme mode
> d'action. On peut être pour ou contre, je ne suis pas sûre que ce
> choix ai rendu service aux manifestants et à leur image mais
> aujourd'hui, à la limite, peu importe. On a, pour l'instant, dépassé
> ce débat.
>
> Depuis quelques jours, le président de l'Université a fait appel aux
> "forces de l'ordre": des vigiles privés, très jeunes, non asermentés,
> arrogants et dépassés par les événements, patrouillent dans la fac
> avec au bras un brassard orange marqué "sécurité". Ils apostrophent
> tout le monde, tutoient tout le monde, et nous demandent de justifier
> de notre présence dans l'Université en montrant notre carte "cumul"
> (une carte magnétique d'étudiant ou d'enseignant qui sert aussi de
> carte de bibliothèque et de carte... de paiement dans l'enceinte de la
> fac... ce qui, en soit, ne me plaît déjà pas beaucoup).
> Il semble bon de rappeler qu'une Université est, selon la loi, un
> "établissement public à vocation scientifique et culturelle"...
>
> Les étudiants qui manifestaient scandaient à l'encontre des vigiles,
> hier matin: "Voyous, racailles." Car certains d'entre eux s'amusent à
> retenir les étudiantes pour les draguer, d'autres en sont venus aux
> mains avec des étudiants de leur âge, une étudiante a été "étranglée"
> avec son écharpe pour qu'elle dégage un passage.
>
> A l'entrée principale du campus de Bron, et rue Chevreul sur lle
> campus des quais du Rhône, dès 7h30 le matin, tous les jours, les CRS
> arrivent pour déloger les étudiants qui protestent. 9 cars de CRS
> devant le campus de Bron, 9 cars de CRS devant le campus des quais de
> Rhône. Ils sont, régulièrement, soutenus par la gendarmerie mobile.
> J'étais là, hier matin. Deux de mes étudiantes m'avaient dit avoir été
> "molestées" par les CRS la veille et voulaient que j'en sois témoin.
> Eh bien oui, ils les plaquent au sol, les jettent plus loin, les
> matraquent dans le ventre et sur la tête.
> Sur les quais, hier, deux leaders syndicaux étudiants (un de Lyon 2,
> l'autre de Lyon 3) ont été désignés du doigt par des policiers en
> civil avant d'être poursuivis dans une rue adjacente par les CRS. Ce
> qui signifie, nous sommes d'accord, qu'un travail préalable
> "d'information" a été effectué et que ces arrestations sont ciblées
> pour détruire les mouvements syndicaux.
> Les deux hommes sont en garde-à-vue et devraient être déférés à la
> Justice aujourd'hui même (donc: il existe désormais des comparutions
> immédiates pour les manifestants, vous serez prévenus). Dans un
> communiqué odieux et mensonger, la présidence de la fac dit qu'ils
> sont "extérieurs à l'Université" et que ces arrestations sont
> survenues après des troubles. Il n'y a pas eu de troubles autres que
> la manifestation pacifique, nous sommes plusieurs enseigants à en être
> témoins.
> Un étudiant a été blessé et, une fois aux Urgences, a hérité de douze
> points de suture sur le crâne. Des étudiants ont été mis en joue au
> flashball.
>
> Des policiers en civils sont toujours là, dont un homme sur mon
> campus: de "type méditerrannéen", il porte une grosse doudoune noire,
> un talkie walkie dans une poche, un appareil photo dans l'autre. Lui
> et ses camarades filment longuement les manifestants. S'ils ont
> effectivement été convoqués par le président de l'Université dans le
> seul but de permettre aux étudiants qui veulent suivre les cours
> d'entrer dans la fac, pourquoi filment-ils? Doit-on ajouter la DGSE à
> la liste des membres du personnel de l'université?
> De notre côté, enseignants ou étudiants, ils nous empêchent un maximum
> de filmer. Ce qui siginifie que les images disponibles sur youtube et
> sur dailymotion ne sont pas à la hauteur de la réalité.
>
> Face à cette situation, plusieurs enseignants, dont je suis, ont
> refusé de faire cours. Je refuse d'entrer dans une fac investie de
> forces de police, de gendramerie et de vigiles privés non asermentés.
> Je refuse de montrer des papiers d'identité pour me rendre sur mon
> lieu de travail. Je refuse de me faire bousculer par des CRS. Je
> refuse de me faire tutoyer avec mépris par des individus que je ne
> connais pas. Je refuse d'entendre un vigile insulter un de mes
> collègues (pourtant munis du sac en cuir typique de l'enseignant,
> pourtant plus honorable que moi dans l'allure avec ses cheveux blancs)
> en lui disant "J'vais t'fumer toi, j'vais t'fumer."
> Nous ne sommes pas, que je sache, dans un état policier. Ou alors il
> faut nous le dire clairement, parce que cela signifie que les règles
> du jeu ont changé. Je croyais que l'on avait le droit de grève dans
> notre pays.
>
> Je crois que ce qui m'inquiète le plus, c'est de recevoir des
> communiqués de la Présidence affirmant que la situation est désormais
> "normale".
> SI CETTE SITUATION EST NORMALE, JE DEMISSIONNE.
>
> D'autre part, pour permettre l'action des ces policiers, militaires et
> vigiles, toutes les sorties de sécurité sont bloquées. Certains
> enseignants et étudiants s'obstinent à faire cours dans une ambiance
> délétère et dangereuse. Ce qu'ils risquent purement et simplement, en
> cas d'incendie, c'est de brûler vifs dans des locaux qui sont déjà
> vétustes.
>
> Je joins à ce message la "Lettre ouverte à la présidence de Lyon 2"
> rédigée par des enseignants (datée d'avant hier 5 décembre et déjà
> dépassée par les événements d'hier), ainsi que le dernier message de
> la présidence elle-même, pour que vous puissiez juger vous-même de la
> mauvaise foi, du mépris et des ronds de jambe du langage qui se
> banalisent dans notre environnement politique et médiatique.
>
> Ce message est, bien sûr, à faire passer si vous en ressentez le besoin.
>
> Alice Verstraeten

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Published by Rebelle - dans rebelion
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